Texte et dessins de Marie Chomereau Lamotte

 

 

  

Habité depuis le 3ème ou le 4ème Siècle après Jésus Christ, comme en témoignent les poteries précolombiennes découvertes à l'ouest du cimetière, et examinées au carbone 14, le Diamant n'a commencé à se peupler que vers 1650.

 

    Les premiers colons s'étaient tout d'abord établis sur la côte allant du Prêcheur à la baie du Fort Royal. Ils délaissèrent celle-ci qui était entourée de forêts et de marécages et s'installèrent plutôt vers les régions des anses d'Arlet et du Diamant.

 

    En 1664, il y avait 200 habitants au Diamant, où se trouvait une chapelle en bois, désservie par un Jésuite, le  Révérend Père Simon, et qui abritait une compagnie de Milice de 80 hommes commandés par le Capitaine Pierre Luce de la Paire.

 

    En 1671, il y avait 896 habitants et 28 habitations, situés entre le Morne du Diamant et Trois Rivières.

 

Parmi les colons Jean Caffard né dans les Flandres en 1638, laissa son nom à l’endroit où il vivait. C'est aujourd’hui appelé « Anse Caffard ».

 

 

Le 23 Mai de cette même année 1671, un évènement pour le moins étrange, vint frapper l’imagination des habitants du quartier :

                        Deux colons, Cypriens Poyer et Julien Vattemar, accompagnés des esclaves André, Abraham et Pierre, partis pêcher aux alentours du Rocher, certifièrent tous, sous serment, avoir vu un monstre  « qui avait la figure d’un homme, depuis la tête jusqu’à la ceinture. La partie inférieure, qui apparaissait entre deux eaux, se terminait par une large et fourchue, comme celle d’une carange ».

                        Cette légende passa à la postérité sous le nom de « l’homme marin » du Rocher.

                        Aux dires du Père PINCHON, il s’agirait d’un phoque de la Jamaïque, espèce pratiquement disparue, dont la tête et la gueule recouvertes de longs poils gris, comme une chevelure, pouvaient prêter à confusion.

                        ( A.Joyau- «  Carrefour du Monde Caraïbe »).

 

 

 

En 1684, la paroisse du Diamant devient distincte de celle des Anses d’Arlet.

Les deux quartiers sont délimités.

 

            Trois ans plus tard, en tournée d’inspection, l’Intendant Major Bègue, Lieutenant du Roy découvre que l’église et le presbytère ont besoin de grosses réparations. Les habitants souscrivent pour 24 585 livres de sucre et le Major ajoute 15 000 livres de la part du Roy, ce qui permet de tout remettre à neuf. Le Curé est déçu, il souhaitait reconstruire l’église en un autre endroit. Il était évidemment hors de question d’imposer un surcroit de dépenses à la population. L’édifice du culte resta donc, rénové, à sa même place.

 

            Au XVIIIème siècle, l'église était un corps de bâtiment rectangulaire de 50 pieds de long sur 24 de large non compris la sacristie. Le presbytère, une maisonnette à étage, munie d’une galerie donnant sur la mer. La cuisine, selon la coutume, était faite dans un appentis, en dehors de la maison curiale.

 

            L’église subit plusieurs fois des réparations à la suite de dégradations dûes aux intempéries, cyclones surtout.

 

            En 1860, les habitants se cotisent pour l’agrandir. Les entrepreneurs réclamant des sommes trop spectaculaires, ils s’adressent au Conseil Privé dans une supplique tendant à instituer le Curé de la Paroisse comme Maître d’œuvre.

 

            Cela est accordé et les travaux commencent.

 

            Le mur qui limitait le bâtiment est remplacé par une colonnade de bois, les allées latérales sont rajoutées et de nouveaux murs sont refaits.

 

            L’autel fabriqué au Puy, date de 1864.

 

            En 1871, on entreprend de nouveaux travaux pour refaire la façade et le clocher.

 

 

 

Le Diamant fut témoin de bien des heures historiques ! La plus célèbre fut certes, « le  Gaoulé » qui se déroula le 17 Mai 1717.

 

  

 

 

A cette époque, la Martinique était avec Saint Domingue, la plus prospère des iles de la Caraïbe. Le commerce du sucre avait pris une telle extension que le nombre de sucreries n’avait cessé de s’accroître. Outre le commerce avec la France, il s’était établi un trafic intense avec nos voisins, surtout Espagnols. Il existait bien une ordonnance interdisant les échanges avec l’étranger, mais pratiquement, on n’en tenait pas compte.

 

            Le Gouverneur Marquis Duquêne ayant été rappelé en France, son successeur, le Marquis de la Varenne reçut des instructions visant à faire respecter la loi. Désormais, aucune sucrerie ne pouvait être édifiée, celles qui étaient en construction devaient être détruites. La façon brutale dont furent mises en vigueur ces mesures, provoquèrent la colère des habitants, dont bon nombre se voyaient ruinés.

 

            Une sédition s’organisa entre planteurs, à la tête de laquelle se trouvait le colonel Dubuc. 

Le Gouverneur La Varenne et son Intendant de Ricouard faisaient au mois de Mai, une tournée d’inspection dans l’île. Lors de leur passage au Diamant, alors qu’ils étaient reçus à l’habitation Bourgeot ( aujourd’hui O’Mullane ), les planteurs les firent prisonniers, les ramenèrent sous escorte à Saint Pierre où ils furent embarqués de force sur le navire « Gédéon » en partance pour la Métropole. Cette sédition prit le nom de « Gaoulé », mot d’origine caraibe qui signifie «  rassemblement tumultueux ».

 

            Le « Gédéon » parvint à La Rochelle cinq semaines plus tard. Messieurs de la Varenne et Ricouard s’empressèrent d’instruire le Régent de leur étrange mésaventure. L’évènement, s’il étonna, ne provoqua pas à la Cour l’indignation à laquelle ils s’attendaient. On raconta même que le jeune Roi Louis XV s’en amusa « follement ». Saint Simon en parle dans ses mémoires, en termes nullement défavorables aux martiniquais.

 

            Le premier soin du Régent fut, en tous cas de songer au remplacement du Gouverneur Général «  refoulé ». Il manda aux Sieurs de la Guarrigue et de Valmeunières, respectivement major de la Martinique et le Lieutenant du Roi au Fort Royal, alors en séjour en France, de s’embarquer immédiatement à destination de la Grenade afin de porter au Marquis de Feuquières, Gouverneur de cette colonie, l’ordre de se rendre à la Martinique, en vue d’assurer provisoirement le Gouvernement Général vacant.

 

            Esprit pondéré, Feuquières s’attacha à prendre une connaisssance aussi exacte que possible non seulement des faits, mais surtout des motifs qui les avaient déterminés. Il chercha sans parti pris, à découvrir les instigateurs et les vrais responsables de cette sédition, fit preuve de la plus grande impartialité. Il eut aussi à cœur au surplus, d’assouplir les textes en vigueur de manière à les rendre moins vexatoires. La population entière lui en fut gré.

 

L’affaire se termina bien entendu en queue de poisson, Dubuc et les principaux instigateurs du «  Gaoulé » furent jugés, condamnés, puis graciés quelques années plus tard.

 

 

 

 

 

Le Diamant vit naître en 1754, Jean Baptiste Prévost de Sansac, marquis de Traversay. Emigré en Russie à la Révolution Française, il devint Amiral de la flotte russe, puis ministre du Tsar en 1811. Il mourut en 1831.

 

A la même époque, vers 1770, un blanc créole, Barthélémy-Henri Larcher, épousa pour la première fois une mulâtresse affranchie, Madeleine Roblot. Devenue veuve, ses neveux lui intentèrent un procès en sucession, qu’elle gagna.

Elle acquit ensuite une propriété à la Petite Anse d’où le Morne Larcher tire son nom.

 

            Le Diamant comptait alors 1183 habitants et il y avait sur le territoire de la paroisse :

 

8 sucreries

6 « Guildiveries » (distilleries ).

6 Tanneries

16 Habitations de coton

10 Habitations de café

2 Habitations de cacao

1 Four à chaux

1 poterie

 

 

 

 

 

 

 

De 1774 à 1777, la Martinique fut envahie par des fourmis. Sans doute embarquées clandestines sur un tronc d’arbre, à l’embouchure de l’Orénoque, le courant les emmena, aussi sûrement vers les Caraïbes sur nos rivages. Elles se répandirent dans toute l’île, dévorant tout, détruisant surtout les plantations de cannes à sucre.

 

 

            Une récompense d’un million de livres fut promise à celui qui trouverait le moyen d’enrayer cette invasion. Cette somme devait être répartie entre sucreries existantes, sans exception et sur celles qui s’établiraient dans les trois années postérieures à l’application du remède.

 

 

            On avait choisi une Commission de 17 membres issus des différents quartiers, pour examiner les moyens qui seraient proposés, en faire l’essai dans leur région, et en référer à l’Assemblée Générale.

 

 

            Cette récompense, quelle qu’attrayante fût-elle, ne fut gagnée par personne. Les fourmis disparurent peu à peu, et la canne fut heureusement délivrée de son ennemie mortel.

 

 

            En 1880, à l’aube du XIX ème siècle, le Diamant était un bourg très prospère. Il comptait six sucreries importantes :

 

            LATOURNELLE appelée par la suite DIZAC

            CAVROTTE appelée par la suite SAINT-CHARLES

            LE CAMUS appelée par la suite LA CHERY

O’MULLANE

DE FABRIQUE appelée par la suite TAUPINIERE

FONDS MANOEL

 

 

 

 

 

 

 

A l’origine, propriété des Gardié ( Jean-Charles ) et son épouse Durand, s’appelle «  L’éventail », l’habitation DIZAC, exploitée depuis le XVIII ème siècle, s’appelait habitation «  Plage du Diamant ». Au cours des siècles, elle prit le nom de ses différents propriétaires :

 

1745 GARDIE

1816 LATOURNELLE

1859 DIZAC

 

On y fabriqua du sucre jusqu’à la fin du XIX ème siècle, puis cette activité laissa la place à la seule distillation d’un rhum agricole d’excellente qualité et primé. Les plantations de cannes sétendaient depuis le marigot de Dizac jusqu’au cimetière, le long de la mer, et des limites de la Longuet jusqu’à la carrière actuelle.

 

            Monsieur François Dizac, Maire du Diamant de1862 à 1871, fut gérant, puis propriétaire de cette habitation, à laquelle il donna son nom.

 

            Une des cloches de l’église, la plus ancienne, porte l’inscription :

«  offerte par l’habitation Dizac  »  son parrain fut Monsieur François DIZAC, sa marraine, son épouse, née Elisabeth DE CORN (1859).

 

 

 

 

 

                     

Puisqu'on va préserver le Fort de la Savane,

il faudrait conserver aussi le vieux moulin,

Du temps passé vivace et robuste témoin,

Le vieux moulin du Sud, le vieux moulin à cannes.

 

Ses murs ont entendu tant de chansons créoles.

Des boeufs de "Porto Rique" il connut tous les noms

Lorque ses dents rendaient les bagasses plus molles

Au rythme des tambours, aux joyeuses saisons.

 

Il faudrait empêcher de tomber en ruine

Ce cher contemporain du bon Père Labat.

Qui travaillait la nuit aussi tard qu’une usine.

 

Ah monuments, que déjà jetés à bas

Par le Pelé maudit et par le grand cyclône !..

Nous te protégerons, vieux moulin autochtone.

 

                                                                       Daniel THALY

                                                                                  Août 1935

 

 

Après Daniel Thaly, dont les vœux ne furent pas retenus, le Chapelain Paul Grassely, Curé de la Paroisse, dédia à ses ruines ce charmant sonnet :

 

 

 

 

                                      

  

                            LE   MOULIN DE DIZAC

 

                   Privé de toit, désert comme une forteresse,

                   Démantelé au cours d’un combat sans pareil

                   Le moulin ruiné dort d’un profond sommeil

                   Dans les bois de DIZAC, et son silence oppresse.

 

                   Mais comment exprimer la poignante détresse

                   De ses murs décrépits montrant leur appareil,

                   Que les verts alizés, la pluie et le soleil

                   Patinent en semblant leur faire une caresse ?.

 

                   Leurs parpaings d’andésite et de tuf aux tons doux

                   Que mousse et lichens enluminent de roux

                   Avec leurs joints garnis de gros tessons d’argile

 

                   Témoignant du travail, aux siècles révolus

                   Rappelant aux passants combien tout est fragile

                   Et pleurent les beaux jours qui ne reviendront plus.

 

 

 

 

 

 

                                                                 

                                                                  

                                                                   ORIGINALE

ET UNIQUE EN SON GENRE

 

 

Seule survivante de cette intense activité agricole et industrielle de la région, la Distillerie de Dizac fonctionna jusqu’en 1945, date à laquelle elle fut transportée aux Trois Rivières.

 

 

 

 

 

 

 

Dans son livre, « La vie paysanne à la Martinique », le R.P Delawarde nous signale que « sur le territoire compris entre les Trois Ilets, Anses d’Arlets et Diamant, les cases sont si éparses, qu’elles sont pratiquement isolées, sur des étendues broussailleuses et stériles. Les jardins y sont remplis de pierres mises en tas, contre lesquelles on a planté ».

 

«  Pendant le carême, aucune eau, ni pour les hommes, ni pour les bêtes, que celle des mares, qui se dessèchent les unes après les autres…..

Et pourtant, les habitants n’ont pas garni leurs toits de gouttières !  ».

 

L’eau était transportée, au début, à dos de mulet : De grosses « bombes » de fer blanc étaient arrimées sur bât, et sou par sou, les chopines du précieux liquide remplissaient les jarres des clients. Plus tard, les « bombes » furent remplacées par des fûts, les ânes et les mulets, par des camions ou camionnettes, jusqu’à l’installation d’une tuyauterie d’adduction d’eau publique en 1951.

Un immense réservoir, construit par des maçons de Rivières-Pilote en 1919, alimentait tant bien que mal, jusque-là, le bourg et ses environs immédiats, mais canots et bourricots devaient encore, durant de longues années, approvisionner la campagne durant la saison du « Carême ».

 

 

 

 

 

 

© Copyright 2012 - Marie Chomereau Lamotte